31/12/2010 Mathieu Rasse, Jérôme Labat et François Ichas
Comme disent les souletins : "c'est un beau jour pour conclure!"
Difficile de trouver des équipiers par ces temps de fêtes mais, il y a toujours des exceptions : Mathieu revient de Dordogne, il a fait le plein pour les fêtes de Noël, Jérôme n'aime pas faire la fête en même temps que tout le monde et d'ailleurs, depuis 15 ans, il a toujours fêté le passage à l'année suivante... en dormant. Quand à moi, mes motivations seraient un mix de celles de mes compagnons... Et puis, nous avons une fenêtre météo, faut en profiter.
Préparatifs
Le personnel se faisant rare, nous décidons d'équiper la suite en 8mm, ce qui fait que nous nous retrouvons avec trois kits pleins à craquer quand même. Et c'est parti! Nous ne nous arrêtons même pas pour acheter la chocolatine traditionnelle ou pour boire un petit café chez Maïté, c'est dire notre détermination!
11h 53, nous pénétrons dans l'orifice tout chaud (oui parce qu'il fait froid dehors et qu'un trou c'est un orifice... j'y peux rien moi). Instant solennelle pour moi en effet, au nom du géessegé un rituel de passation du savoir est en train de s'accomplir : la nouvelle génération va découvrir l'EX!!! Petite larme au coin de l'oeil, souvenirs qui défilent à une vitesse vertigineuse : ma première communion, le 25m nage libre, le... mais, je m'égare.
Le bas de la montée- "François, tu passes devant, tu connais"
- "oui, allez, pour la dernière de l'année"
Main-courante glissante, petit puits qui ressemble à rien et, le P30. Descente, ça goutte aujourd'hui, bien même.
Le milieu de la montéeAu tour de Mathieu. Je vois sa lampe, puis, plus rien (il obstrue le passage) puis ça lampe à nouveau : il est passé! Ouf, je n'avais rien dit jusqu'alors, mais c'était ma crainte. Il y a bien d'autres "bas-de-poitrine" qui sont déjà passés (Jean, Michou), des longs (Philippe Tresse, Jean-Marc Courbun) mais des grands longs, jamais. C'est une première! L'EX l'a accepté.
Derniers rayons de soleil de l'annéeOui, mais il n'est pas dit que l'EX soit un trou facile. Alors que nous progressons dans les premiers mètres du méandre Shick, je passe avec aisance
"l'étroiture où il faut se vautrer dans la flotte" et hop, au suivant....
... au suivant qui n'arrive pô
... au suivant qui ne viendra pas : Mathieu vient de se coincer le ménisque interne du genou gauche. Peut plus tendre le genoux. Je repasse l'étroiture et tente une manipulation du genou. Imaginez la scène en tenant compte du décor (le cabinet : 5m de haut sur 30cm de large, eau courante sous les pieds, tapisserie du Jurassique à Toucasia du plus bel effet Le patient : 20kg de muscle + la botte, et 1.20mètre d'envergure, cherchez l'erreur)... Bon alors, flexion rotation interne puis un retour délicat en extension rotation externe mais, bof. P'tain, si Péache était venu, il aurait su lui...
- "bon ben c'est râpé les gars"
- "de toute façon, vu la flotte, je suis pratiquement sûr que nous n'aurions pas pu aller au fond"
Oui, il faut dire que la doline est sous la neige et il reste des plaques à certains endroits exposés au nord. Le massif n'a pas fini de vidanger... la seule configuration météo a éviter à l'EX... En matière de fenêtre météo, faudra que je revois mes fondamentaux...
Bon, ben, même pas les boules. Je savais que ça ne serait pas si simple, et ça l'est, pas simple!
Jérôme lâche pas le morceau :
- "puisqu'on est là, on peut avancer le matos plus loin, ça sera fait"
- "pendant ce temps, moi je remonte tranquille" Mathieu
- "bon, OK" moi plus très emballé
le FG que nous avions gardé au frais...Et c'est reparti avec un kit chacun, après avoir transvasé ce dont nous n'avons pas besoin dans un troisième kit qui lui remonte. Le premier méandre est vite avalé.
- "bon, on laisse la matos ici ou, si on veut l'avancer plus loin c'est la sortie du deuxième méandre"
- "ouais on fait ça" Jérôme toujours à fond
P22, ça frotte partout dans la première tirée. Jérôme me fait la remarque alors que d'habitude, il est pas du genre regardant...
-" je sais mais chaque fois on se disait que ce n'était pas la peine de planter un spit vu que c'était fini...)"
Puits de la vasque : on bataille car la corde prévue est trop courte. On adapte la stratégie, on met une 20 (ou 30 mètres, je ne sais pas, je vois rien de près) à la place de la 10 trop courte.
P5 qui débouche dans la galerie des Dolines.
Réveillon avant l'heure Bonjour et au revoir, on retourne dans ces foutus méandres. Sans kit c'est bien mais ça reste sportif...
Je me sens un peu stressé car je m'inquiète pour Mathieu, j'espère qu'il a pu passer l'étroiture du P30. Et si jamais il était bloqué... Gamberge...
Finalement, la voie est libre.Comme je lui expliquais mes craintes, Jérôme passe devant et m'explique :
- "en fait, il faut y aller technique"
Quelques minutes plus tard, j'entends des grognements, des bougonnements, des raclements sauvages, des cris... puis le silence. Il est passé. J'entends ce qu'il veut dire par "technique".
Les derniers rayons de soleil quittent la doline enneigée alors que nous sortons. Fait pas chaud. Nous voyons les traces de Mathieu, il a dû allé se mettre au soleil. Il a piétiné un peu à l'écart pour aller poser un kern?
- "Non, regarde, on voit ses empreintes qui reviennent il y a un trou en plus : un bâton! Il s'est confectionné une canne."
Tels des pisteurs des Arbailles, nous suivons les traces de la bête blessée.
Il n'y a pas de petits plaisirs...- "Il s'agit d'un grand mâle je pense"
- "oui dans les 90 95kg"
- "là tu vois, il a changé de main pour voir si c'était mieux"
- "ah! tu vois, ici la trace est moins profonde, il évite l'appui"
- "faisons gaffe, un animal blessé c'est dangereux..."
- ... "soudain, nous l'apercevons à travers les chachis, il a fait du feu, bonne idée"
C'est ainsi que, par ce 31 décembre de l'année 2010, nous nous retrouvons tous les trois autour d'un petit feu à réveillonner avant l'heure. Au menu : foi gras que Jérôme a apporté pour l'occasion (la buche sera servie un peu plus tard, elle est restée dans la voiture) plus quelques autres victuailles. Mieux!
Sachez que l'EX n'est pas un trou facile, quoi qu'on en dise.
TPST : 4h
Une pensée reconnaissante pour le quatrième équipier : Maryse, pour toutes ses attentions gastronomiques qui nous ont réchauffé le coeur au bord de cette doline glacée par une belle fin d'après-midi du mois de décembre au fin fond de la Soule profonde mais tellement authentique.
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